Un des buts premiers de la cohérence harmonique est de limiter les hauteurs utilisés. Etablir des limites - donc fixer des règles - permet de créer des attentes harmoniques, ce qui dirige et intensifie l?expérience du déroulement musical de l?auditeur.
L?adoption de règles harmoniques permet généralement de créer des « familles » d?accords. Tout groupe d?accords qui se ressemblent à l?oreille forme une famille. En poursuivant l?analogie, on peut dire que ces accords partagent des caractéristiques communes tout en conservant une certaine individualité. Aussi, la notion de « famille d?accords » permet de concevoir une multitude de relations.
A titre d?exemples, les familles d?accords peuvent être organisées :
- selon des gammes ou des modes.
- selon des notes communes, surtout à l?intérieur d?une même octave.
On produit ainsi la plus simple des cohérences, celle de la pédale harmonique traditionnelle.
Dans cet exemple, le trémolo de la clarinette, mi-sol#, agit comme une pédale classique et permet d'unifier, de façon simple, registre, timbre et harmonie. Les parties externes, cependant, contribuent aussi à la cohérence. La flûte amorce ses deux premières phrases avec les mêmes trois notes qui accentuent et stabilisent la note si. En conséquence, la note cadentielle finale, le la#, est perçue comme une note voisine inférieure. De façon semblable, la note la plus aigue de la première mesure, le la#, aboutit, par mouvements conjoints, à la note la plus aigue de la deuxième mesure, le si. Le hautbois et la flûte jouent en homorythmie et présentent des conduites de voix semblables : le ré# et le do de la première mesure demeurent tenues dans la seconde, le mi de la première mesure se trouve « brodeé » par le fa # dans la seconde, et enfin le mi de la dernière mesure semble se résoudre sur le ré# entendu précédemment. La harpe ne joue que 4 notes. Avec son rythme moins animé, ses accents sur temps forts, son harmonie plus douce (qui évite tout frottement de demi-tons) et la descente de la harpe vers un nouveau registre, la dernière mesure sonne cadentielle. Alors que les notes communes entre les instruments permettent de cimenter la phrase, on constate que les autres relations - en termes de rythme, de conduite des voix et de tension intervallique - aident également l'auditeur à percevoir l'ensemble comme intelligible. Les rapports de similitude apparaissent alors comme un aspect seulement d'une cohérence plus complexe.
* En permettant des relations d?octave. Notons cependant que ces relations, en soit, créent peu de cohérence harmonique, probablement parce qu?elles sont très fréquentes. Cependant, leur utilisation permet de renverser les accords ou les intervalles. Puisqu?un intervalle et son renversement présentent des similitudes de caractère, l?utilisation des renversements permet d?étendre la texture, sans altérer trop brusquement le caractère harmonique.
* Grâce à l?harmonie intervallique. Les intervalles transposés sont beaucoup moins reconnaissables à l?oreille que les notes communes qui, elles, créent une relation forte entre deux accords. Cependant, en se limitant, dans un passage donné, à un seul intervalle de référence et à son renversement, on peut créer un caractère clair et audible. De la même façon, en se restreignant, dans un passage ou une pièce, au seul matériel dérivé de cellules non ordonnées (« unordered sets » dans la littérature anglophone), on peut créer des caractères très convaincants. (Notons que plus la cellule est complexe, plus elle contient d?intervalles et moins elle se distingue. Si on dépasse trois ou quatre intervalles, on risque, en tenant compte des intervalles non contigus, de couvrir l?ensemble des intervalles chromatiques. Mise de l?avant par de Forte, la notion de « vecteur d?intervalle » - à savoir le nombre de fois qu?un intervalle donné apparaît dans un ensemble donné - devient alors très utile. Les ensembles qui présentent en nombres inégaux les différents intervalles produisent des sonorités mieux caractérisées.) Ces techniques peuvent être appliquées assez rigoureusement dans de courts passages ou, en faisant preuve de souplesse, à travers de larges sections (voir plus bas pour des exemples et d?autres commentaires au sujet de cette importante distinction). Les applications souples impliquent généralement, soit des mouvements mélodiques qui créent des intervalles secondaires - des « notes étrangères » - soit des empilements verticaux qui produisent des accords plus riches. Comme l?empilement de n?importe quel intervalle engendre toujours, en relation avec les notes non voisines, de nouveaux intervalles, cette technique permet de créer une « teinte » harmonique ? une alternance entre des sonorités très colorées par l?intervalle de référence et d?autres sonorités dont l?effet est plus nuancé.
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