Les progressions impliquent une série de changements harmoniques dans un même plan sonore et présupposent une perception claire des notes intégrantes de l’accord (voir précédemment). La notion de progression est cruciale. Elle permet de comprendre le rythme harmonique de même que certaines gradations du contraste harmonique. Notons qu’au niveau psychologique, l’impression de progression dépend de la quantité de nouvelles informations apparaissant avec chaque événement et des liens qui existent entre des événements successifs.
Cependant, dès qu’on quitte le monde familier des triades, l’identification des progressions devient problématique. Il demeure néanmoins possible de généraliser deux caractéristiques des progressions traditionnelles : la gradation et la direction.
La gradation réfère au degré perçu de changement. Si on compare les deux exemples suivants, le premier traduit, à l’évidence, un mouvement harmonique plus énergique que le second.
Les enchaînements harmoniques offrent plus de contraste dans le premier exemple que dans le second. Dans les deux cas, le groupement rythmique suggère trois accords. Dans le premier cas cependant, aucune note commune ne vient, dans une même octave, lier les accords consécutifs. De plus, comme l’indiquent les lignes entre les notes non adjacentes, la conduite des voix demeure conjointe. Cette absence de notes communes dans un même registre et ce déroulement conjoint des fils intérieurs constituant ces lignes composées créent un sentiment de direction convaincant.
A l’opposé, dans le deuxième exemple, les nombreuses notes communes, tant dans les voix intermédiaires qu’aux extrêmes, rendent les changements (aussi indiqués par les lignes) moins marqués.
Comparez attentivement ces deux exemples. Les gradations d’effets harmoniques sont essentielles pour éviter la monotonie harmonique.
Quelques mots au sujet de la direction. Il faut présenter suffisamment d’événements harmoniques pour susciter des attentes chez l’auditeur. Ainsi, à moins d’informations contraires, l’auditeur s’attendra à ce qu’une ligne de basse montante continue à monter. Rien n’oblige, bien sûr, le compositeur à répondre à ces attentes mais elles font néanmoins partie de la structure musicale perçue.
Examinons une situation plus complexe :
Ici, le premier accord apparaît progressivement : tout d'abord aux cordes, puis aux bassons et enfin aux clarinettes. Chaque timbre ajoute de nouvelles notes qui se superposent, tenues, les unes aux autres. Le cor introduit ensuite un fragment mélodique qui aboutit sur la note supérieure de l'accord des bassons, ce qui crée un effet, au moins partiel, de résolution. En conséquence, l'impression générale n'en est pas une de progression mais plutôt de remplissage graduel d'un bloc harmonique. Après le silence, l'effet de progression est plus clair : d'une part parce que chaque accord introduit des notes tout-à-fait différentes de celles de l'accord précédent, d'autre part, parce que la basse chromatique monte sans ambigüité en gamme. Soulignons, encore une fois, le recours à différents degrés de changement harmonique pour diversifier la sensation de mouvement musical.
Alan Belkin.
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