Nous avons déjà insisté sur le fait que les restrictions de hauteurs et d?intervalles aident fortement à définir et à unifier le caractère harmonique.
Deux autres concepts, issus de la tradition, contribuent substantiellement à la cohérence harmonique : les voix dominantes et la conduite des voix.
Même dans des contextes contrapuntiques, les différentes parties ne sont pas toutes de la même importance et l?intérêt passe d?une voix à une autre. En simplifiant, disons que dans les textures homophoniques les voix extrêmes sont généralement plus faciles à suivre que les voix intérieures. Aussi, des progressions linéaires claires des voix extrêmes aident à préciser la direction musicale. Par exemple, une ligne mélodique qui mène graduellement à un sommet de section renforce le contour musical, de plus en plus tensif, du passage. De même, la combinaison, à la basse, de sauts et de changements de direction plus linéaires ? souvent à la cadence ? clarifie la direction harmonique.
La conduite des voix demeure aussi un outil puissant, très audible, permettant d?assurer la continuité harmonique et de préciser l?articulation formelle. Elle découle de deux faits principaux (pour plus d?information sur les recherches à ce sujet, consultez Auditory Scene Analysis, d?Albert Bergman) : la tendance de l?oreille à séparer les couches musicales par registre et la réalité de la voix humaine (et de la plupart des instruments, d?ailleurs) qui évolue plus facilement par petits intervalles. Puisque ces faits sont liés, physiologiquement et psychologiquement, à l?écoute humaine, elles transcendent la variété des styles. Il est difficile, en soi, de suivre et de chanter des lignes qui sautent constamment. A l?opposé, la continuité des registres, au moyen de notes communes, de mouvements conjoints et de notes non voisines dans des lignes composées, permet de guider l?oreille et de souder les harmonies les unes aux autres.
De l?importance de la continuité des registres découle une conséquence fondamentale : les notes ornementales (étrangères à l?harmonie), à cause de la nature même de l?écoute, doivent être amenées conjointement. Ces notes ornementales ne sont pas une particularité de la musique tonale et le fait que plusieurs systèmes utilisés pour contrôler les hauteurs, dans les musiques non tonales, les interdisent constitue un handicap majeur. D?une part, on freine l?élan mélodique du compositeur, d?autre part, on le prive d?un bon outil pour créer des lignes convaincantes.
Commentaires
Aucun commentaire pour cet article. Soyez le premier à le commenter !